- Le résumé...
- Quelques repères sur la Révolution...
- Extraits du film "La Révolution Française" de Robert Enrico:
L'arrestation de Lucile, le procès des dantonistes (Ciquez ici)
la mort de Danton et de Desmoulins
(voir l'extrait).
- Lire le 1er chapitre.

 

L'histoire...

14 juillet 1789
Flore de Dalzin, une jeune fille pauvre de la noblesse, se retrouve coincée dans la prison de la Bastille ! Dire qu'elle était juste venue chercher un emploi de gouvernante ! Et la foule hurlante des Parisiens attaque ! La Bastille tombe !

Agressée par un pillard, elle est sauvée de justesse par un jeune homme qui la protège... et qui disparait !

1794
La Révolution est en marche. Flore a abandonné sa particule pour n'être plus que Flore Dalzin. Devenue couturière chez les Belcourt, elle crée des vêtements "révolutionnaires" et suit, jour après jour, l'évolution de cette période troublée.

Voilà que son "inconnu de la Bastille" se présente à la boutique ! C'est le nouveau journaliste du Vieux Cordelier, le journal du jeune et fougueux Camille Desmoulins. Il ne la reconnait pas, et elle ne se fait pas connaître... Peu à peu, ils vont apprendre à s'aimer...

La Terreur est à l'ordre du jour, à Paris les têtes sont fauchées plus vite que les blés. La Patrie est en danger : l'ennemi est aux frontières et les nobles veulent reprendre le pouvoir ! On ferme les églises, on emprisonne, on juge sans justice : Robespierre veut éliminer tous les opposants à la Révolution.

Camille Desmoulins, sa jeune femme Lucile, Georges Danton et tous leurs amis, qui luttent pour que cessent ces bains de sang, vont en faire les frais.

Denis et Flore suivent ses évènements, les vivent parmi les Dantonistes, jusqu'au pied de la guillotine. Jusqu'à ce que Flore soit ratrappée, elle aussi, par la terrible justice révolutionnaire... On l'accuse d'avoir donné asile à un noble déchu, un homme qui dirige un réseau, qui aide les contre--révolutionnaires à fuir à l'étranger.

Les Belcourt, sa famille adoptive, et Denis, son "inconnu", vont alors tout faire pour la sauver...

Début

 

Quelques repères sur la Révolution...

La fin de la monarchie - 1789
La monarchie constitutionnelle - 1791
La Convention - 1792
La crise de 1793
La mort du roi - 1793
La Convention montagnarde et la Terreur -1793-1794

La chute de Robespierre - 1794

1789 - la fin de la monarchie

Louis XVI convoque les États Généraux . Dans chaque paroisse de chaque province sont élus des députés. Des cahiers de doléances sont ouverts afin que Les Français puissent exposer leurs problèmes et leurs revendications.
Ces élections se passent dans un climat inquiétant. Depuis quelques années, les récoltes sont mauvaises et la famine menace. Des émeutes éclatent dans les campagnes et dans les villes.

Le 04 mai 1789, s'ouvrent les États Généraux à Versailles. Cependant, le roi n'annonce aucune réforme et la déception du Tiers État est grande. Le 17 juin, le mouvement s'amplifie : les députés du Tiers État se proclament alors «  Assemblée Nationale  » et s'attribue le droit de voter l'impôt. Ils considèrent qu'ils représentent 90 % de la nation et, à ce titre, ils déclarent leur assemblée « souveraine ». Pour défendre leurs droits, la Noblesse et le Clergé se regroupent autour du roi et demandent la fermeture de la salle où se réunit cette nouvelle assemblée.

Le 20 juin, la salle est fermée. Les députés du Tiers État, déterminés, se replient dans la salle du Jeu de Paume où ils prêtent le serment : « de ne jamais se séparer ».

Le roi, poussé par sa femme, Marie-Antoinette, et par ses frères, décide un coup de force. Le 11 juillet, il renvoie son premier ministre, Necker, et rassemble 20 000 hommes autour de Paris.

Devant cette menace, les Parisiens prennent peur. Ils redoutent un complot aristocratique qui écraserait et dissoudrait l'Assemblée.

Camille Desmoulins au Palais Royal

Le 12 juillet un jeune député, Camille Desmoulins, harangue la foule au Palais Royal afin qu'elle se rebelle contre l'autorité du roi. Le 13 juillet, Paris se soulève. Le peuple cherche des armes et de la poudre. Le 14 juillet 1789 , les émeutiers pillent les Invalides et se rendent à la Bastille . En quelques heures, la prison, symbole de la royauté, est prise.

Afin d'apaiser le peuple, Louis VXI rappelle son ministre Necker et renvoie ses troupes. Cependant le comte d'Artois, son frère, des courtisans, des évêques et des parlementaires s'empressent de quitter la France : c'est le début de l'émigration des aristocrates.

La Révolution gagne les autres villes. Les événements de Paris y arrivent déformés, et les paysans craignent de se faire assassiner, en représailles, par les nobles. Les pillages se multiplient, l'insécurité est grande. Les paysans s'arment et détruisent les châteaux. C'est la « Grande Peur ».

Le 04 août 1789  : la Noblesse, pour mettre fin aux révoltes, renonce à tous ses droits et vote l'abolition des privilèges .

Le 05 octobre, les femmes de Paris descendent dans la rue pour réclamer du pain. Elles se rendent à Versailles afin de ramener le roi à Paris. Louis XVI est obligé d'accepter : lui et sa famille se retrouvent prisonniers des Parisiens.

 



Louis XVI

 

les Etats Généraux

Le serment du jeu de paume

les femmes de Paris se rendent à Versailles


Déclaration
des Droits de l'Homme

 

 

1791 - La monarchie constitutionnelle

La déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen est adoptée le 26 août 1789 . Ses principes fondamentaux sont inspirés des philosophes des Lumières : droit à la liberté et à l'égalité.
La première constitution française voit le jour le 14 septembre 1791 :
- le pouvoir exécutif est exercé par Louis XVI, « roi des Français ».
- le pouvoir législatif est confié à une assemblée élue au suffrage censitaire (il faut payer l'impôt pour élire ou être élu, ainsi les pauvres sont exclus),
- le pouvoir judiciaire est confié à des juges élus et à des jurés représentant le peuple.
- la France est divisée en 83 départements,
- les tribunaux sont supprimés, la torture abolie.
Pour réduire les dettes de l'État, l'Assemblée décide :
- de mettre en vente les biens du Clergé et des émigrés,
- de mettre en circulation une monnaie de papier : les assignats .
- de faire payer des impôts à tous les Français, proportionnellement à leurs revenus.
Désormais, les évêques et les curés sont élus et reçoivent un salaire de l'État. Ils doivent prêter serment à la Nation. Cependant, la plupart des curés, les « réfractaires » fidèles au Pape, refusent.
L'État civil devient laïc et le divorce est autorisé.
Malgré toute ces réformes, le mécontentement gronde. Le peuple souffre de la cherté de la vie. Les problèmes religieux divisent l'opinion. La bourgeoisie est effrayée par les idées des patriotes.
La Révolution française effraye aussi les pays voisins. Poussée par les premiers immigrés, l'Europe menace de se dresser contre la France.
Le roi, se sentant en danger, demande l'appui des souverains étrangers. Le 20 juin 1791 , il s'enfuit avec toute sa famille. Reconnu, il est arrêté à Varennes et ramené à Paris, soupçonné de traîtrise envers son pays.
La France déclare la guerre le 20 avril 1792 à la Prusse et à l'Autriche. L'Assemblée déclare la «  Patrie en danger  » et enrôle des volontaires. La Prusse et l'Autriche, qui craignent pour la vie du roi, menacent de détruire Paris si la Révolution fait violence à Louis XVI. Ce jour-là, la foule envahit des Tuileries, Louis XVI est déchu, arrêté et incarcéré.

1792 - la Convention

La situation militaire est préoccupante, la capitale menacée, mais l'armée française obtient enfin sa première victoire à Valmy, rendant l'espoir au peuple.
À Paris, le 20 septembre 1792, Marat pousse les Parisiens à se révolter contre les aristocrates et les prêtres réfractaires, qu'il accuse de fraterniser avec l'ennemi. Des massacres se produisent dans les prisons : 2 000 personnes sont tuées.
La Convention est élue au suffrage universel, le 20 septembre 1792. Le lendemain, elle proclame l'an II de la République et abolit la royauté . Cette nouvelle assemblée est dominée par les girondins, en majorité des députés de la bourgeoisie de province.
Les montagnards, élus de Paris, recherchent alors le soutien des sans-culottes. Les montagnards sont partisans de mesures énergiques. Parmi eux se trouvent Robespierre, Danton, Desmoulins, Saint-Just et Marat.
Les sans-culottes, eux, sont de petits artisans ou des ouvriers aux revenus modestes. Ils sont donc très sensibles aux problèmes de hausse des prix et de chômage. Armés par l'Assemblée, ils sont devenus une force politique redoutable. Ce sont « les gardiens de la Révolution ».

Les sans-culottes.

La mort du roi

La Convention a la preuve que le roi correspondait avec l'ennemi : son procès devient inéluctable. Les montagnards demandent son exécution, sans procès. Les girondins, eux, réclament et obtiennent qu'un procès ait lieu. Le roi est reconnu coupable et condamné à mort. Louis XVI, devenu « Louis Capet », est guillotiné le 21 janvier 1793 .

Le roi à la Convention

 


Camille desmoulins


Georges Danton


Maximilien Robespierre

Un exemplaire
du"Vieux Cordelier"
de Camille Desmoulins

 

La queue pour le lait


Femmes patriotes


La crise de 1793

Pendant ce temps, les troupes françaises parviennent à repousser les Prussiens et les Autrichiens hors des frontières.
Mais l'exécution de Louis XVI provoque la coalition des souverains européens contre la France : l'Angleterre, les Pays-Bas et l'Espagne entrent en guerre à leur tour. Pour y faire face, l'Assemblée décide la levée supplémentaire de 300 000 hommes.
Cette mesure déclenche l'insurrection vendéenne . Les paysans vendéens se révoltent, soutenus par le clergé réfractaire et par les nobles : une guerre civile s'engage alors.
La situation économique n'est guère brillante : hausse des prix et problèmes de ravitaillements maintiennent l'agitation. Les sans-culottes exigent le blocage des prix des denrées de première nécessité (bois, chandelle, savon, sucre ) ainsi que des sanctions contre les accapareurs. Partout, les manifestations se multiplient.
La Convention prend alors les premières mesures de salut public : ( création du Tribunal révolutionnaire, impôt sur les richesses, blocage du prix du pain et des farines ).

La chute des girondins

Les girondins, effrayés par cette nouvelle politique et par la mort du roi qu'ils n'ont pas votée, attaquent les montagnards . En répression, le 02 juin 1793, 29 députés girondins sont arrêtés et exécutés comme contre-révolutionnaires. Les montagnards prennent alors le pouvoir.

 

1793-1794 : La Convention montagnarde et la Terreur

À l'extérieur, la situation est dramatique : toutes les frontières sont menacées. À l'intérieur, l'insurrection vendéenne progresse, c'est la lutte sans merci entre les républicains (les bleus) et les vendéens (les blancs).
À Paris, Marat est assassiné le 13 juillet 1793 par Charlotte Corday.
Les pénuries dressent les riches contre les pauvres. Les montagnards accentuent leur action pour surmonter la crise et prétendent que la Révolution est menacée. Ils mettent en place un gouvernement révolutionnaire, une véritable dictature, pour éliminer leurs adversaires : c'est la Terreur .
- la Convention réglemente la vente des produits de première nécessité.
- le service militaire est rendu obligatoire pour tous les célibataires de 18 à 25 ans.
- la Convention vote la « loi des suspects » qui permet d'établir la liste des opposants à la Révolution.
- des comités de surveillance contrôlent l'opinion.

L'appel des condamnés en prison

Partout, en France, les prisons se remplissent, des milliers de suspects sont arrêtés, jugés, guillotinés, dont l' « Autrichienne », la reine Marie-Antoinette.
La déchristianisation est entreprise : les églises sont fermées, les cloches fondues pour faire des canons, les objets du culte réquisitionnés pour battre monnaie.
Le calendrier grégorien est remplacé par le calendrier révolutionnaire.
Robespierre, « l'Incorruptible », substitue au catholicisme le culte de la déesse Raison et de l'Être Suprême. C'est une religion patriotique avec ses temples, ses prêtres et ses martyrs, mais peu de Français y adhèrent.
Grâce aux nouvelles levées de soldats, la France remporte enfin des victoires à l'extérieur. La République semble sauvée et Danton et ses amis demandent l'arrêt de la Terreur. Mais Hébert et les «  enragés  » réclament, eux, son renforcement. Ils menacent de soulever le peuple contre Robespierre, et de débarrasser la France de tous les « traîtres à la Patrie ». Les hébertistes sont si virulents que l'Incorruptible les fera exécuter.
Pendant ce temps, Danton et les «  indulgents  » exhortent l'Incorruptible à la modération et à la clémence : accusés, ils seront exécutés à leur tour, en avril 1794.
Robespierre n'a plus d'opposants. Il impose ses décisions au Comité de salut public et renforce alors la Terreur (c'est la Grande Terreur). Les exécutions et les arrestations se multiplient.
Cette mesure mécontente aussi bien la bourgeoisie et que les sans-culotte qui voient leurs droits réduits et leurs salaires bloqués.

La chute de Robespierre

Le 08 thermidor (26 juillet 1794), Robespierre, lors d'un discours à la Convention, accuse « des corrompus », sans les nommer. Ses derniers opposants vivants, pris de peur, font alors cause commune. Le 09 thermidor, Robespierre est mis en accusation par la Convention : il est arrêté avec ses derniers partisans et guillotiné le 10 thermidor.

 

SUITE A VENIR...

Début


La charette des comdamnés

Les tricoteuses - femmes du peuple, elles suivaient les procés et les excutions en tricotant


L'exécution de Danton
(Voir l'extrait de film)

 

La mort de Robespierre

 

Extraits du film "La Révolution Française" :

L'arrestation de Lucile, le procès des dantonistes Ciquez ici

la mort de Danton et de Desmoulins. Ciquez ici


Pour mieux comprendre la période de la Révolution, vous pouvez visionner
le magnifique film de Robert Enrico : "La Révolution Française" découpé en 31 épisodes
sur http://www.dailymotion.com ou sur http://www.youtube.com

 


La famille Desmoulins : Lucile, le petit Horace et Camille

Début

 

 

Lire le 1er chapitre

 

 

14 juillet I789

Le peuple de Paris hurle sous les murs de la Bastille.
— Que suis-je venue faire là ? se demande Flore, apeurée.
Ses yeux d'un bleu si clair sont devenus plus sombres. Elle serre les mâchoires. Elle cache ses blessures sous un masque qu'elle espère impassible, même si ses habits d'un noir de nuit racontent son deuil récent. La voilà coincée dans la prison de la Bastille avec, comme compagnie, un soldat invalide, un vieillard unijambiste.
— Votre moment est mal choisi, ma petite demoiselle, bougonne l'infirme. J'ai bien peur que M. le gouverneur de Launay ne puisse point vous recevoir.
— C'est important, monsieur. Je viens de loin, je suis ici depuis des heures. Je devais rencontrer Mme de Launay, mais j'ai appris qu'elle avait quitté la Bastille. Permettez-moi d'insister, supplie-t-elle presque.
— Votre lettre, c'est à quel sujet ?
Flore de Dalzin reprend ce qu'elle a déjà raconté à bon nombre de gardes :
— Ma mère vient de mourir. Je me retrouve seule. M. de Launay est un cousin éloigné. Avant de quitter ce monde, ma pauvre mère lui a écrit. Elle le prie de bien vouloir m'accorder son aide. Mais je ne viens pas demander la charité, je souhaite avoir un emploi.
Le vieillard soupire, indécis. Elle poursuit :
— Il paraît que Mme de Launay cherche quelqu'un pour s'occuper de ses enfants.
— Bon, venez.
— Merci, monsieur.
— Louis Vandanjon, se présente le vieil homme en soulevant courtoisement son chapeau. Pour vous servir.
Flore remarque, sous une perruque de cheveux blancs, deux beaux yeux noir enfantin dans un visage ridé. Il reprend :
— Écoutez, ma petite…
Flore sursaute. Elle lisse sa robe noire de la main. Dire qu'elle l'a achetée avec ses dernières économies afin de paraître plus âgée ! De même que cette coiffe de dentelle posée sur ses cheveux blonds poudrés. Elle qui espérait tant ressembler à une femme afin de décrocher cet emploi !
— Monsieur, j'ai seize ans ! proteste-t-elle.
— Ah ça, vous avez beau être grande et bien faite, mais je vois bien que vous n'êtes qu'une gamine, poursuit le soldat malgré les sourcils froncés de Flore. Quel âge avez-vous vraiment ?
— Quatorze ans… Enfin… Treize et demi. Je vous en prie, monsieur, n'en dites mot à quiconque, j'ai vraiment besoin de ce travail.
Louis Vandanjon soupire, puis hoche la tête, compréhensif : elle semble si désespérée, cette petite.
— Cette nuit, reprend-il, il y a eu du grabuge à Paris, comme qui dirait un début d'émeute. À ce que j'ai cru comprendre, il y a un meneur, un certain Camille… Desmarais qui les a poussés à nous attaquer. Paraît que la Bastille c'est un bastion de la tyrannie…
Ça, Flore l'a remarqué ! Le peuple crie sous les remparts. Elle est entrée juste avant qu'on ne ferme le pont-levis et qu'on ne se barricade dans la prison.
— Bastion de la tyrannie ! reprend l'infirme. Je t'en ficherai, moi ! Il y a bien longtemps qu'on n'a plus tyrannisé personne ici ! Vous savez combien de prisonniers il y a d'embastillés ?
Flore fait non de la tête. En réalité, elle s'en moque, mais le vieux continue :
— Seulement sept ! Deux fous, quatre faussaires et un condamné pour mauvaises mœurs ! Bref… Depuis ce matin, deux délégations de l'Hôtel de Ville sont venues parlementer, poursuit Louis Vandanjon. Ils veulent qu'on se rende et qu'on leur donne de la poudre… parce que de la poudre, on en a… M. de Launay les a accueillis en signe de paix. Ça m'étonnerait qu'on puisse le déranger.
Flore ne peut répondre. Un grand charivari tonne non loin de là.
Dehors, Paris est en colère. Tant d'années de faim et de privations ! La foule recrache sa bile, avalée plus souvent que du pain. La rue bouillonne. Des bandes s'organisent. La meute affamée n'a plus d'oreilles. Des cris jaillissent de partout.
— De la poudre ! Des munitions !
Ouvriers, artisans et bourgeois s'égosillent. Devant eux se dresse la Bastille, haute de ses soixante-treize pieds 1 , flanquée de ses huit tours. Leur obsession est de se fournir en poudre. La poudre nourrit les canons, et les canons ouvrent les greniers où se trouvent les grains qui nourrissent les estomacs.
— De la poudre ! On veut de la poudre !
Sur les tours, des soldats s'activent autour des canons. Ce sont trente gardes suisses 2 que le gouverneur a appelés en renfort. D'ordinaire, quatre-vingts invalides, des vétérans et des infirmes, gardent la Bastille. Voilà des années que l'artillerie ne sert plus qu'à tirer des salves d'honneur à l'occasion des naissances royales. Les Suisses ont dû gratter, polir, changer des pièces, pour remettre les canons en état.
— Toute la nuit, les barrières de Paris ont brûlé, ajoute Louis Vandanjon. Hier, ces sauvages ont attaqué les Invalides pour avoir des armes. Et voilà qu'ils viennent assiéger la prison. Regardez-les… Des hommes, des femmes, même des enfants !
Il montre les émeutiers à Flore du haut du parapet. La plupart sont en chemise, armés de tout ce qu'ils ont trouvé. Car maintenant, les émeutiers ont des armes.
— Faites baisser les ponts-levis ou nous entrerons par la force ! crie un révolté.
Flore recule, prise de peur.
— Ne vous inquiétez pas, la rassure Vandanjon. Le gouverneur a promis aux délégations de ne tirer qu'en cas d'attaque.
Mais les assiégeants sont déterminés. Flore les voit poser de longues planches au travers des douves. Un homme s'avance au-dessus du vide. Il perd l'équilibre et tombe dans le fossé. Mais d'autres passent, les voilà qui grimpent sur le pont ! Sur les tours, les gardes s'apprêtent à faire feu. Le gouverneur, sorti de son bureau, s'agite dans tous les sens.
— Ne tirez pas ! Je ne veux pas d'effusion de sang !
Trop tard ! Le pont-levis, pris d'assaut, cède. La foule se précipite vociférant, haineuse, pour entrer dans la cour.
— N'ayez crainte, dit Vandanjon, la forteresse tiendra. Cachez-vous là derrière, petite, et n'en bougez pas.
L'infirme lui montre un tas de barils de poudre, non loin d'un canon.
— Nous aurons repris le dessus en peu de temps, essaie-t-il de la rassurer avec des mots qui sonnent faux.
Puis il part en clopinant sur sa jambe de bois tandis que Flore se dépêche de se glisser derrière le rempart de tonnelets.
— Je suis déshonoré ! s'écrie le marquis de Launay. Je n'ai plus qu'à me suicider !
— Assez de jérémiades ! gronde un lieutenant des gardes suisses. Faites feu sur les émeutiers ! Bon sang, qu'on les arrête !
À présent, les soldats tirent. Les morts et les blessés jonchent le sol. Flore essaie de se raccrocher à ces paroles « la forteresse tiendra ». La tête lui tourne et ses jambes vacillent.
Non, la forteresse ne tiendra pas, elle va tomber aux mains du peuple. Les Parisiens défoncent les portes, à coups de haches et de maillets.
Flore, terrorisée, assiste, impuissante, à la boucherie. Émeutiers et gardes s'entretuent ! Les appartements du gouverneur brûlent ! La forteresse est saccagée, pillée. Les meubles passent par les fenêtres, les registres et les archives s'éparpillent dans la cour. Chacun veut repartir avec un souvenir. Tout y passe, des poignées de porte jusqu'à l'argenterie du gouverneur, même les balles que les enfants ramassent ! Les bouteilles de vin se vident, les tonnelets de poudre roulent. Au loin, le marquis de Launay est cerné...
Flore n'ose bouger. Elle retient sa respiration. Quelqu'un penche sa tête derrière le mur de tonnelets. Deux yeux la transpercent, la glacent de terreur.
— Voyez-moi ça, l'appétissante gourmandise ! Qu'est-ce que tu fais là, ma jolie ?
L'homme la force à sortir de sa cachette. Flore retient un cri de douleur lorsqu'il lui tord les bras sans ménagement.
— C'est-y que t'es de la famille des corbeaux pour être habillée tout en noir ?
— Je suis en deuil. Je viens de perdre ma mère, répond Flore d'une voix tremblante, espérant un peu de compassion.
— J'crois bien que tu vas perdre autre chose dans pas longtemps. Je suis ton homme, ma poulette.
Flore tourne la tête avec dégoût. L'individu sent le tabac, la crasse, l'alcool. Un bougeoir en argent dépasse de ses poches bien pleines. De sa ceinture émerge la garde en croix d'une lourde épée datant du Moyen Âge. C'est un pillard. Il lui tient fermement les poignets. Elle ne peut se dégager.
En vain, Flore tente de se débattre. Son agresseur commence à déchirer le haut de sa robe. Sa main s'arrête sur un médaillon d'argent.
— En voilà un bel objet ! Ma parole, c'est un blason qu'y est gravé dessus ! Ce serait-y que t'es une aristo ? Tu sais ce qu'on va leur faire aux aristocrates qu'on trouvera sur notre chemin ? On les pendra à la lanterne 1 . Sans leurs bijoux.
Sur ces paroles, il arrache le médaillon.
— Mais avant qu'on te pende, on va s'amuser un peu tous les deux.
L'homme promène ses mains sur le corps de Flore.
— Lâchez cette petite ! intervient une voix qui se veut autoritaire.
Entre ses larmes, Flore reconnaît Louis Vandanjon.
— Hé quoi, grand-père, s'écrie l'homme, de quoi tu te mêles ? Tu ne vois pas que, mademoiselle et moi, nous sommes occupés ?
Il n'a pas lâché Flore. D'une main leste, il soulève sa jupe. Le vieil infirme veut protester mais le pillard sort le chandelier de sa poche. Il le brandit et l'abat d'un coup sec sur le crâne du brave Vandanjon qui s'écroule.
Le pillard ricane d'un air mauvais. Flore remarque alors ses yeux étranges : ils sont vairons, l'un est vert, l'autre marron.
— Bon, assez causé. Tu sais que tu me plais ? Quel âge tu as ? Seize ? Dix-sept ? Le noir va bien avec tes cheveux blonds…
Flore cherche à échapper à une nouvelle étreinte. Une gifle sonore la rappelle à l'ordre.
— Tu vas te laisser faire gentiment.
Flore, tremblante, regarde de tous côtés. Personne pour lui porter secours ! Les gens se battent, s'entretuent ou pensent à sauver leur peau. Chacun pour soi et Dieu pour tous ! Elle voudrait prier, sans y parvenir.
— Tu vois cette épée, petite biche ? Regarde-la bien avant d'être dévorée par le loup. C'est l'épée du grand du Guesclin. On l'a volée au Garde-Meuble avec d'autres trésors. Belle prise de guerre ! éclate-t-il dans un rire tonitruant. Maintenant, c'est moi le connétable !
Flore tente de s'échapper, mais son bourreau resserre l'étreinte.
— Doucement, poulette. C'est le mot « guerre » qui te fait peur ? Pourtant, nous sommes en guerre. Contre le roi. Contre la loi.
Il la pousse dans un coin, la frappe au visage, la fait tomber. Au moment où tout espoir semble perdu, Flore sent son agresseur s'écrouler contre elle.
— Ça va ?
Elle se redresse tant bien que mal sans parvenir à répondre. Un jeune homme brun en chemise blanche l'observe. Il doit avoir quinze ou seize ans. Il regarde autour de lui, inquiet, semblant chercher une issue.
C'est lui qui vient d'estourbir l'émeutier aux si mauvaises manières. Il lâche la pierre qu'il tient encore à la main et aide Flore à se relever. Lui aussi est un pillard, mais d'un autre genre. À ses pieds sont posées des brassées de papiers.
— Vite, ordonne-t-il, partez avant qu'il ne retrouve ses esprits. Attendez ! Enlevez donc vos vêtements.
— Enl… enlever mes vêtements ? bégaie Flore.
— Oui. Si vous enlevez cette robe, vous pourrez passer pour une fille du peuple. Ici, on en veut aux nobles et on voit bien que vous l'êtes. Dépêchez-vous. Regardez ! Par cette chaleur de juillet, toutes les femmes sont en chemise et simple jupon !
Il a raison et Flore s'exécute.
— Aidez-moi, s'il vous plaît, lui dit-elle, tremblante, en lui tendant son dos.
Il dénoue prestement les lacets du corsage. Sa robe noire tombe au milieu des cris et des détonations, bientôt suivi par son corset rose chair, tandis que le jeune homme lui retire sa coiffe. Ses cheveux blonds coulent sur ses épaules. Aussi peu vêtue, elle se sent nue et vulnérable. Elle croise pudiquement les bras sur sa poitrine.
— Venez, la presse le garçon en voyant sa détresse, je vais vous conduire au dehors.
Mais Louis Vandanjon geint, toujours allongé sur le sol.
— On ne peut pas le laisser ici, proteste Flore en se penchant sur le vieil homme au visage couvert de sang. Il a tenté de me sauver.
L'inconnu se penche à son tour.
— Aidez-moi à lui ôter sa veste d'uniforme, sans quoi il ne sortira pas vivant de la Bastille.
Fort de carrure, doux de manières, il prend les choses en main et redonne de l'espoir à Flore.
L'uniforme est roulé en boule, la perruque ensanglantée envoyée au loin. Puis le garçon soulève Louis Vandanjon à bras le corps et le trio s'achemine vers la sortie.
— Nom de Dieu ! crie un émeutier en les arrêtant. C'est-y que les soldats ont frappé ce vieillard infirme ?
L'inconnu approuve tout en reprenant son chemin. Flore entend l'homme, menaçant :
— Ils ne respectent donc rien, ces affameurs du peuple, pas même les vieux ! N'aie crainte, camarade, on te vengera !
Au-dehors, les gens courent en tous sens, crient ! L'inconnu installe Louis Vandanjon au bord du chemin, la tête à l'ombre d'un feuillage.
— Rentrez chez vous et mettez-vous à l'abri, conseille-t-il. Moi, je retourne dans la citadelle. Je ne voudrais pas rater ces événements pour tout l'or du monde ! Et j'ai laissé mes papiers…
Flore a juste le temps de remarquer des yeux marron comme des châtaignes avant qu'il ne disparaisse.
À présent la jeune fille ne retient plus ses larmes.
— Mon médaillon ! sanglote-t-elle tout à coup.
C'était le dernier souvenir qui la rattachait à sa mère. Dedans il y avait les deux portraits de ses parents, ainsi que son acte de baptême. Perdus aussi ses bagages et sa lettre de recommandation… Il ne lui reste rien, pas même sa robe !
Louis Vandanjon ouvre les yeux, puis il passe une main tremblante sur sa blessure. Flore lui murmure à l'oreille quelques paroles de réconfort. Comme son crâne saigne abondamment, elle n'hésite pas. Elle déchire le bas de son jupon pour entourer la tête du blessé et lui fait un pansement de fortune.
Le vieil homme grimace un léger sourire.
— C'est impressionnant de voir couler tout ce sang mais ne vous inquiétez pas, la blessure est superficielle, assure-t-il malgré la douleur. J'ai connu pire. Qui nous a tirés de là ?
— Un inconnu. Un jeune homme. Il nous a aidés à sortir. Ensuite, il est retourné dans la Bastille. Je n'ai même pas eu le temps de lui dire merci.
Louis Vandanjon examine Flore dans sa tenue légère. Puis son regard se porte sur lui-même, en chemise.
— Où sont passés nos vêtements ? s'étonne-t-il.
— Notre sauveur a conseillé de les laisser sur place. Vous ne seriez pas allé bien loin avec votre uniforme.
Quelques coups de fusil et quatre ou cinq coups de canon interrompent Flore. Elle lève la tête. Des soldats sont en rang sur la plate-forme des tours. Ils tiennent la crosse de leur fusil en l'air. Ils se rendent. La Bastille est tombée.
— Hourrah ! entend Flore.
— Ces canailles nous ont fait des morts, vocifère une autre voix chargée de haine. Va y avoir des représailles !
— Mademoiselle, souffle Louis Vandanjon, aidez-moi à me relever avant que nous n'attrapions un mauvais coup, nous devons partir d'ici… Rentrez vite chez vous.
Flore a séché ses larmes mais l'iris de ses yeux se fane. L'infirme vacille sur sa jambe unique, la tête lui tourne.
— Je crains, monsieur Vandanjon, de ne plus avoir de chez moi. Je n'ai plus d'argent et plus de famille…
Flore ne peut poursuivre. Une atroce vision se promène devant ses yeux : la tête du gouverneur de Launay se balance au bout d'une pique. Un groupe d'agités sanguinaires la tient à bout de bras. Hébétés, Flore et Louis Vandanjon se blottissent l'un contre l'autre.
— Vive la Nation !
On se gargarise du mot nouveau. On l'ingurgite, on le recrache, on le projette : « La Nation ! »
— Terminée, la Bastille ! On a crevé le traître ! À partir d'aujourd'hui, c'est la rue qui gouverne !
Des hommes envoient leurs chapeaux en l'air, des femmes dansent la ronde. Des enfants participent en chantant, perchés sur les épaules des grands.
— Les prisonniers sont libérés ! entend-on un peu partout. Regardez-les là-bas : ce sont eux que l'on porte en triomphe.
Flore ne voit plus que des dos. Elle aide le vieil homme blessé à marcher. Des têtes sanguinolentes n'en finissent pas de tourner sur des piques. Les yeux agrandis par la peur, le visage défait, Flore se met à vomir.

1 . Environ 24 mètres.
2. Depuis le xvi e siècle, une partie de la garde personnelle du roi était constituée de soldats d'origine suisse.
1 . Les révolutionnaires se servaient des cordes des réverbères (les lanternes) pour pendre ceux que désignait la fureur populaire.

Début

 

 

 

 

 

 

Annie Jay, auteur jeunesse de romans d'aventures historiques pour les 7-14 ans. Quelques uns de ses livres sur le 17eme siècle, fin du règne de Louis XIV : Complot à Versailles, A la poursuite d'Olympe, Au nom du Roi..., la vengeance de Marie, A lour du Roi-Soleil. Sur l'antiquité : L'esclave de Pompéi, le trône de Cléopâtre. Sur la Révolution Française et la Terreur 1794 : L'inconnu de la Bastille, sur la prise de la Bastille et la Terreur. Pour tous ceux qui aiment l'Histoire et ses histoires...